jeudi 3 décembre 2009

bédé


NOUS SOMMES MOTÖRHEAD [2009]

De : Appollo, Huo-Chao-Si, Texier, Lumineau, Josso, Ricard, Brüno, La Crainte, Oiry, Witko, Ruppert et Mulot, Bourguignon, Bouzard, Frissen, Tanquerelle, Frankyravi, Navarro, Bozonnet, Ferrand, Tofépi, Micol, Sattouf, Konture, Mayakoff, Menu, Blanquet, Croix et la participation très posthume de Mimo Capieri [France]

Paru aux Éditions Dargaud en 2009.

Bande-dessinée de 113 pages.

Si tu ne connais rien à Motörhead, petit, sache qu'il n'est jamais trop tard pour se mettre à Motörhead. Il n'y a pas d'heure, pas de saison, pas de raison particulière pour se mettre à Motörhead. Les raisons, elles viendront après. Et si t'en veux quand même une, de raison, je vais pas te dire que Motörhead ça te change une vie : Motörhead fait du rock'n'roll mais Motörhead c'est plus que du rock'n'roll. Est-ce que tu me suis ? Non ? Alors écoute quelques cédés de leur énorme discographie, de 1977 à 2008, poursuis avec la biographie de Lemmy par Lemmy, La fièvre de la ligne blanche, et termine par cette somptueuse bédé. Tout ça te paraîtra un peu plus clair...

Haaaaa il nous aura gâté, le collectif de chez Dargaud. Une trentaine de dessinateurs réquisitionnés pour ces 22 bandes-dessinées, cuisinées aux petits ognons, rien que pour nous les fans de Motörhead. Et quelle couverture mes aïeux ! Futur objet de collection, rien que ça, je vous dis. Je me vois déjà la ressortir, du fond d'une bibliothèque où je l'aurais rangée, et la présenter aux enfants ou aux petits-enfants que je n'aurais jamais. Quelle justesse dans les thèmes abordés : le groupe, Lemmy, les fans, l'esprit Motörhead enfin. Les vieux de la vieille comme tout ce qui compose Motörhead aujourd'hui, jusqu'à la mort de Lemmy qui commence à nous angoisser sévère, même si on sait, ou qu'on espère, que Motörhead est immortel, tout y passe ou ça casse. Tant qu'on y va à fond. Rien à jeter, rien à regretter. C'est ça Motörhead, nous sommes Motörhead. En français si vous plaît. Heureusement qu'on a la bédé en France, comme ils disent. C'était le plus bel hommage possible, ça c'est fait. Maintenant reste plus à espérer que Lemmy soit partant pour quelques dates supplémentaires, quelques dates tout court. Lemmy saura une fois de plus que les français comptent pas pour des prunes et qu'il est ici chez lui. Love you forever.
Another perfect book.

mercredi 2 décembre 2009

report


KEELHAUL, SUPERBEATNIK ET MORSE

C'était quand ? : 25/11/09

Où ça ? : Le Baloard, Montpellier

Morse : "On vous fait pas peeeeeeur au moiiiins ?" Non non, tu ne nous as pas fait peur, je t'assure.

Superbeatnik : We are Motörhead. Mais pas ce soir.

Keelhaul : encule.

Je vous vois d'ici, à vous dire que c'est facile de couvrir de louanges un groupe qu'on est allé voir en concert, un soir de semaine en plus. Tsss. Puisque c'est comme ça je m'en vais vous raconter ma vie : j'ai découvert Keelhaul sur Satan owes us money au mois d'août. Ça commençait bien. Puis je me suis surprise à écouter l'album II en boucle. Ça vous arrive souvent, vous, d'écouter des cédés en boucle, la même journée ? Pas moi. Et puis j'apprends qu'on a la chance phénoménale de les revoir sur Montpellier, en tête d'affiche, pour 8 reu et à 7 arrêts de tram. J'étais superchaude. Surtout lorsque j'ai aperçu les mines réjouies de mes acolytes de concert, connues ou inconnues, ceux qu'on est sûr de retrouver au bon endroit et au bon moment. Keelhaul mettra des plombes à commencer, et à reprendre. La poisse sera de la partie avec un joli lâcher de corde côté chanteur. Mais je ne me suis pas inquiétée outre mesure concernant la suite car je sais désormais qu'elle [la poisse] ne frappe que les plus grands [voir report du dernier concert de Lava]. Deux ou trois titres plus tard, Keelhaul avait atteint sa vitesse de croisière. Et nous on en prenait plein les esgourdes, sans bouchons pour ma part. Eux nous délivraient du mathcore de derrière les fagots, affichant tour à tour des faciès tourmentés, des grimaces douloureuses et des rictus irrépressibles. Quel groupe putain, possédé je dirais, mené par un batteur monstrueux, s'accrochant à leurs instruments qui avaient comme l'air d'avoir besoin d'être exorcisés. Grand messe je te dis : les manches se levaient, on baissait la tête. Et le diablotin derrière ses fûts qui te calait la nuque en faisant tinter sa cloche de ride histoire de ralentir un peu la locomotive. Welcome to hell, le public s'emballe, merde, obligée de reculer d'un cran, histoire d'éviter les "cascadeurs" qui iront jusqu'à arracher les câbles lumière ! Une autre corde lâche du côté du second chanteur. Même pas mal, Keelhaul continue à monter en puissance. Une heure déjà, et on nous remercie avec deux titres supplémentaires. Nous aussi, on peut tirer sur nos cordes. Keelhaul nous aura enclumé tout en finesse. Je comprends que certains présents ce soir là aient suivi le groupe, le lendemain à Barcelone. Pour ma part : revenez quand vous voulez les gars. J'arriverai en avance...



P.S : Suis repartie avec une affiche de leur tournée signée Le Moignon. Mon pote avec celle de Françoise Massacre. Qu'on vienne pas me dire que c'est juste parce qu'on les connaît, ou je m'énerve.

manga

NAKED STAR [2004]

De : Oh!great alias Ito Ogure [Japon]

Paru en France aux Éditions Asuka en 2009.

Manga de 212 pages.

N'ai pas pu résister à me procurer, dès sa sortie, ce manga comprenant 8 petites histoires, ainsi qu'une poignée d'illustrations, imaginées par le mangaka d'Enfer et paradis. Pourquoi ? Parce que l'idée qu'Oh!great se décide à publier ses œuvres pornographiques en un seul volume, lui qui n'a jamais débordé de ses dessins un peu trop parfaits à mon goût, m'a excitée. Et je n'ai pas été déçue : des trous de balles en veux tu en voilà, ça mouille à qui mieux mieux dans Naked star.

Oui mais voilà : il s'agit de coups d'essai, ses histoires non terminées nous laissent sur notre faim, bien frustrés, tout comme l'auteur lui-même qui avoue bien volontiers qu'il est plus difficile de dessiner des bites et des filles à poil plutôt que des personnages habillés, le marché du manga étant déjà saturé par de très bons spécialistes du genre. A chacun son domaine. Ce qui ne l'a pas empêché de se faire plaisir... et de nous faire plaisir par la même occasion.

Dernier point, il y a le bon porno et le mauvais porno. Je ne parle pas de la différence qu'il y a entre le porno occidental et le porno japonais car Oh!great mêle rapidement les deux mais plutôt de la différence qu'il y a entre porno chic et porno trash. Si vous êtes plutôt attirés par ce dernier, par les scènes de viols, les filles à bite et la zoophilie, Naked star est fait pour vous !
Interdit aux moins de 18 ans :p

dimanche 22 novembre 2009

literatura

CÃO COMO NÓS [2002]

Traduction littérale :
CHIEN COMME NOUS


De : Manuel Alegre [Portugal]

Mon édition : Planeta de Agostini.

Roman de 115 pages.

Nous voici définitivement installés dans l'automne chers amis ! Le temps file et je remarque que je suis devenue sensible aux changements de saisons. Qu'ils influent sur mon moral et donc sur mes lectures. Aussi Cão como nós s'accorde-t-il avec tous ces sentiments qui nous assaillent, vous savez, quand on rentre du travail le soir, en serrant le col de notre manteau et en foulant les feuilles mortes mais multicolores qui virevoltent sur nos trottoirs en ce moment.

Manuel Alegre est je crois un grand monsieur. Un éternel résistant. Le genre de mec qui a toujours vécu dans l'opposition de quelque chose. Qui ne saurait pas faire autrement. Et je suis persuadée qu'il s'est présenté à la présidence du Portugal tout en sachant qu'il perdrait.

Cão como nós est un petit roman intimiste, à lire furtivement, sans réfléchir. Manuel Alegre n'est pas du genre à philosopher chiant. C'est la mort de son chien qui le fait se retourner sur sa vie. Meilleur ami de l'Homme, mon cul. Aussi lui dédie-t-il un roman, en amoureux de la communication non verbale qu'il est. Dire et aimer jusque dans le silence. Jusque dans la mort ? Comme si la mort, physique ou autre, pouvait mettre un terme à l'amour !
(Il suffira de prendre le temps.)
There are more things in heaven and earth, Horatio, than are dreamt of in your philosophy.

dimanche 15 novembre 2009

literatura

TOUTES LES ROUSSES NE SONT PAS DES SORCIÈRES [2007]

De : Valérie Bonnier [France]

Paru aux : Éditions du Rocher, 2007.

Roman de 227 pages.

Me voilà bien ennuyée ! Vous savez, ce livre devait mettre un terme à mes lectures appartenant à la chick lit. Je me voyais déjà enclumer ce "genre littéraire" une bonne fois pour toutes quand j'ai eu Toutes les rousses ne sont pas des sorcières entre les mains. Ce roman, je l'avais choisi tout exprès : un titre qui ne promettait rien, une auteure française qui a rempilé avec Toutes les blondes ne sont pas des anges puis Toutes les brunes ne sont pas des tigresses, une couverture glossy qui fait piquer les yeux... et pourtant : Je l'ai lu d'une traite, curieuse et émoustillée.

Malgré bon nombre de détails qui auraient pu faire pencher la balance du mauvais côté, ce livre a tenu son "pari chick lit" : il m'a diverti. L'héroïne, une rousse sulfureuse, véritable préjugé littéraire ambulant donc, s'éprend de son patron : un sexagénaire qui n'a pas la bite dans sa poche. Aussi ne vous fiez pas à sa couverture car il s'agit là d'un roman pour adultes, érotique voire pornographique, plus lourd qu'il n'y paraît. Je l'adresserai plutôt à un sénior qui se sentirait dans la fleur de l'âge qu'à une jeune fille qui rêve d'amour.
A lire la main au paquet.

mercredi 28 octobre 2009

literatura

NO TEMPO FRÁGIL DAS HORAS [2003]

Traduction littérale : DANS LE TEMPS FRAGILE DES HEURES

De : Luzilá Gonçalves Ferreira [Brésil]

Mon édition : Rocco, 2003.

Roman de 170 pages.

Une fois n'est pas coutume. Aussi je vous présente mon coup de coeur de cet automne : un roman historique brésilien. Ou plutôt : une biographie romancée de la baronne de Vera Cruz. Indisponible en français à ce jour et à mon grand dam. Un livre à lire les jours de pluie car les phrases délicieuses de Luzilá sont de celles qui transforment l'humidité en moiteur, le portugais aidant.
No tempo frágil das horas nous dévoile la vie d'Antonia Carneiro da Cunha ainsi que celle de ses consœurs à l'époque des grandes propriétés coloniales, durant laquelle une poignée de blancs régnait sur des centaines d'esclaves afin de produire le sucre ensuite importé en Europe. Les conditions de travail et de vie y étaient si rudes qu'on avait alors bien du mal à en apprécier tout le lyrisme tropical ambiant. Antonia et les siens, deviendront les premiers nobles d'un Brésil tout juste indépendant ; les femmes surtout passeront toute leur vie à rêver d'amours passionnées et parisiennes, en fines connaisseuses de musique classique et de littérature qu'elles sont ; Paris est alors la capitale du Monde, à un mois de Recife, modèle de cette jeune aristocratie qui se veut intellectuelle et moderne. Tout l'argent issu de l'exportation sera investi dans ce sens. Et lorsque l'industrialisation du Vieux Continent y mettra fin, Antonia tiendra le gouvernail de ses propriétés jusqu'à leur entier naufrage, droite et digne comme une vraie baronne se doit de l'être. Sa vie se termine comme elle a commencé : les désirs ayant fait place à des regrets. Antonia meurt sans héritier, sans legs et sans n'avoir jamais joui. C'est une ère qui s'éteint dans la décadence la plus totale, sans faste et sans un bruit. Le Nordeste brésilien ne s'en remettra jamais. A méditer.
Fogo Morto de José Lins do Rego, au féminin.

lundi 19 octobre 2009

literatura

L'ÉVANGILE SELON
ISADORA WELLES
[2007]


Titre original : THE GOSPEL ACCORDING TO SYDNEY WELLES

De : Susi Rajah [Australie/États-Unis]

Mon édition : Calmann-Lévy, 2008.

Roman de 359 pages.

Certains d'entre vous n'ayant pas compris où je voulais en venir en écrivant qu'un roman anticlérical est toujours une bonne idée de roman à défaut d'être un bon livre, je décidai de faire d'une pierre deux coups en vous parlant ce soir de L'évangile selon Isadora Welles, un roman anticlérical appartenant également à la chick lit. Les éditions Calmann-Lévy le présentent plutôt comme une "comédie gentiment blasphématoire", ce qui se comprend : faudrait pas choquer les poulettes bienpensantes susceptibles d'acheter ce navet pour la modique somme de 19 euros T.T.C.

L'idée de départ : l'Eglise catholique de Californie recourt aux services d'une agence de pub.
L'idée de départ qui part en couille : Isadora Welles, une jeune cadre dynamique doit effectuer une étude de marché afin de vendre le Dieu catho aux habitants de Los Angeles.
L'idée de départ gâchée : la campagne de pub empiète sur la vie privée d'Isadora, la conduisant tout droit dans les affres de la réflexion théologique de comptoir et de bas étage.
Un roman tout pourri : Isadora entreprend une relation épistolaire, via mail, avec Dieu donc unilatérale (Marc Lévy y aurait répondu lui !) qui lui tiendra lieu de psychothérapie.

Calmann-Lévy a dû croire que le côté Hank Moody de Isadora Welles ferait de Susi Rajah leur nouvelle poule aux oeufs d'or. Raté. Pour tout un tas de raisons en fait : la traduction du roman, réalisée par une certaine Elsa Maggion, est à chier ; le titre français du roman est beaucoup trop racoleur et surtout totalement injustifié. Isadora Welles sera l'héroïne chick lit de trop :

- Je me plains que je suis vieille, moche, grosse et laide mais je me fais draguer tous les jours,

- Je suis malheureuse comme les pierres en amour, mais j'ai plein d'amis, un boulot stable et ma maison à moi,

- Je suis malheureuse comme les pierres en amour, mais je finis avec le plus beau et le plus parfait des mecs de Los Angeles à la fin du livre,

- Je suis une gourde qui noie son chagrin dans l'alcool, mais tout mon entourage trouve ça cool + je suis sexy quand je suis bourrée + je suis sexy même avec la gueule de bois,

- Je me marierai et j'aurai beaucoup d'enfants donc j'arrête d'envoyer des mails à Dieu. Qui est un concept invendable de toute façon - idée énoncée au début du bouquin.
Gerbant.

mardi 13 octobre 2009

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Vous pouvez également retrouver mes humbles chroniques musicales sur le blog Satan owes us money. Un espace tout de rose vêtu d'une qualité bien supérieure à celui-ci et où vous serez accueilli par deux hôtes très sexys et étrangement avenants : Maître Gulo et Le Moignon.

music


HEAVENLY : VIRUS

[France, 2006]

Mouhahahahahahahahahahahaha.

Quand j'étais petit j'étais un jedi. Tellement nerveux que lorsqu'il pleuvait souvent je m'électrocutais. Hélas, je ne parvins jamais à la cheville de Maître Stratovarius et Maître Helloween. Depuis, je parcours sans relâche les Terres de Gaule, en quête du Saint-Album d'Angra qui, selon la légende, reposerait sur la plage arrière d'une Golf GTI. Seule une rhapsodie de feu pourrait éveiller la Force...

samedi 10 octobre 2009

literatura

LA FAUTE DE L'ABBÉ MOURET [1875]

De : Émile Zola [France]

Mon édition :
France Loisirs, 2002.

Roman de 498 pages.

Décidément, l'heure est aux règlements des dettes que longtemps j'ai accumulé. La preuve en est avec cette lecture surannée, un Zola, une résurrection de mes lectures collégiales au moment même où j'en ai terminé avec mes études universitaires. Une semaine en Lozère, chez mes parents, était l'occasion rêvée pour enfin lire La faute de l'abbé Mouret, roman qui m'avait été prêté il y a un moment de ça par une amie d'enfance - le genre d'amie qui vous offre une petite chaîne en argent avec un pendentif qui porte l'inscription Ton amie pour la vie et qui refuse aujourd'hui de m'ajouter sur Facebook bien qu'il n'y ait pas eu entre nous de faute commise, juste une amitié qui s'est érodée au fil du temps, toi même tu sais.
Je ferai fi de tout préjugé concernant Zola et ce roman-ci en particulier. Les Rougon-Macquart c'est une chose, ce cinquième volume en est une autre. Zola s'est saigné pour écrire ce triptyque, à n'en pas douter. C'est d'autant plus visible lorsqu'on s'intéresse aux idées de fond du roman plutôt qu'à sa prose toute naturaliste. Pour moi, un roman anticlérical est toujours une bonne idée de roman à défaut d'être un bon livre. Zola y parvient avec une idée somme toute banale : un prêtre va fauter avec une sauvageonne. Seulement ici les oiseaux ne se cachent pas pour mourir, entends-moi bien, le jeune prêtre est loin de ressembler aux hidalgos en soutane des romans Harlequin et la sauvageonne n'est pas là pour faire chuter le curé de son autel afin d'aller ensuite tout raconter aux copines, de comment elle a viré sa cuti à un homme d'église. C'est long 500 pages ! Patiemment Zola tend sa toile. Lentement les deux amants recréent la Genèse dans un Paradou mythique. Et puis c'est le drame, la fin tombe comme un couperet grandiose. Tout comme dans la musique que j'aime finalement, lente lourde et puissante, pour mieux se faire délivrance et puis qui t'abandonne brusquement, un peu conne et toute pantelante.
Reprenons les choses depuis le début. L'Eden Adam et Eve, le serpent, la pomme, l'arbre de la connaissance, tout ça. T'avais quand même pigé que c'était des métaphores ? Que les auteurs de l'Ancien Testament ne pouvaient pas vraiment faire dans le porno ? Au cas où, Zola va t'apprendre la vie. Par où commencer ? "C'était, au fond de cette ceinture désolée de collines, un peuple à part, une race née du sol, une humanité de trois cents têtes qui recommençait les temps." Et moi qui lisait ça, au fond de ma vallée lozérienne, une édition empruntée à une amie-fille de paysans, c'était trop beau. Mais bien sûr ! Les descendants d'Adam et Eve sont les fruits d'amours incestueuses. Selon la Bible nous sommes bel et bien le produit d'une dégénérescence. Et après ça, tu regardes le journal télévisé et tu comprends pas. Où est-ce que je t'embarque là ? Zola il a bien pigé que tout ça était ridicule, mais comme tout n'est pas aussi simple, son histoire l'est également. Mais revenons à l'essentiel, à ce rapport sexuel qui se fait attendre. "Au fond des bois, les rossignols jetaient des rires perlés de volupté, les cerfs bramaient, ivres d'une telle concupiscence, qu'ils expiraient de lassitude à côté des femelles presque éventrées". J'ai poursuivi ma lecture la main dans ma culotte. La faute de l'abbé Mouret est un livre qui n'en finit pas d'être lyrique : amours prohibées, mortifications religieuses, nature luxuriante lascive vivante à la Stalker. Reste plus qu'à sucer la substantifique moelle de l'os qu'on te porte bien profond dans la bouche. Tu caches bien ton jeu mon salopiaud ! Je comprends mieux pourquoi on lui préfère Germinal ou L'Assommoir dans les collèges.
Zola a forcé sur la résine et les aiguilles de pin. Juste avant d'y aller franco sur l'écorce de chêne moulue.
P(ons).S(ylvette) : N'attends pas qu'on se retrouve pour de bon au cimetière de Mende pour me donner de tes nouvelles par vers de terre interposés. Viens récupérer ton livre, on parlera.

mercredi 16 septembre 2009

literatura

LA DANSE DES OBÈSES [2008]

De : Sophie Audouin-Mamikonian [France]

Mon édition : Robert Laffont (première édition).

Roman de 313 pages.

Premier essai raté pour l'auteure des Tara Duncan. Mais pourquoi t'es-tu lancée dans l'écriture d'un thriller pour adultes quand tes livres de fantasy pour enfants sont désormais lus dans le monde entier ? Quelle ne fut pas ma déception en lisant La danse des obèses ! Je m'attendais à un retournement à 360 degrés ; je pensais que tu quitterais définitivement le monde de Harry Potter pour rejoindre notre cause : come to the dark side, we have cookies. Au lieu de cela, tu passes ton temps à t'excuser : auprès des tiens dans l'intro et la conclu et auprès des lecteurs lorsque tu décris des scènes dantesques. Tu renies constamment ce que tu es en train d'écrire : tu couples des meurtres d'une atrocité sans commune mesure à une histoire d'amour ! Tu fais bien attention à ne choquer aucun gros avec ton obèse killer ! Tu finis par le tuer plutôt que de le laisser entre les mains de la justice ! Le policier et la psychiatre se marièrent et eurent beaucoup d'enfants, the end. Mais bon sang : assumes ma chérie ! Dès qu'une charmante scène se profile, tu fuies. Dès que l'odeur d'une tripe fumante pointe le bout de son nez, tu mets en scène un personnage qui a la nausée. On finit par se lasser de tous ces contrepoids qui gâchent tout le plaisir que ton écriture aurait dû nous procurer. Désolée, mais je n'ai pas pu savourer ton délicieux roman. Celui-là même qui prétendait nous mettre l'eau à la bouche, avec des noms de plats succulents à tous les titres de chapitre. Reprends-donc tes contes de Peter Pan au lieu de nous raconter des histoires à dormir debout !
De la reconversion impossible des auteurs pour enfants.

lundi 7 septembre 2009

literatura

LE JOURNAL DE
BRIDGET JONES
[1996]


De : Helen Fielding [Angleterre]

Mon édition : J'ai lu (comédie) n° 5418

Roman de 351 pages.

Avez-vous déjà entendu parler de "chick lit" ? Cette expression désigne, depuis 1996, un roman écrit par une femme pour les femmes. Intriguée par cette définition et férue de tout ce qui est post quelque chose, je décidai de faire l'acquisition de quelques livres appartenant à ce nouveau genre littéraire. Je suis une femme après tout, nom de Dieu ! Après avoir lu, en entier, le plus connu de tous les livres appartenant à la chick lit, j'ai d'abord pensé à mon professeur de Théorie de la littérature, aux diagrammes compliqués qu'il nous avait présentés pour nous faire entendre son approche du canon littéraire. Si les genres inscrits au centre du tableau représentaient le plus haut degré esthétique de la littérature, la chick lit se serait située quant à elle bien plus bas, dans les barils à sauces de la cafétéria de l'université, et plus précisément dans celui qui émet des bruits connotés lorsqu'on actionne la pompe à mayo. La chick lit prouve encore une fois qu'il y a bien deux sortes de féminismes en totale contradiction. Ici, la vie d'une femme (entendez ses valeurs, ses espoirs, ses peurs et ses rêves) se résume à devoir plaire aux membres de sa famille et aux hommes (en particulier à celui qui sera susceptible de les épouser à commencer par celui qui en a le moins envie parmi tous ceux qu'elles connaissent), à acquérir des articles de modes griffés hors de prix qui la feront se sentir la femme la plus unique au monde et à angoisser constamment sur une idée de la perfection plus que discutable : être la plus mince possible, arrêter de fumer et de boire, sourire et se taire le plus possible. Un siècle de littérature féminine pour ça, pour que la vie d'une femme soit cantonnée à un journal intime où le sujet disparaît dans un récit surtout composé de phrases nominales. Avec un retour en force du prince charmant, celui qui doit nous accepter telles que nous sommes : riches, belles et ne pétant pas au lit. Virginia Woolf doit se retourner dans sa tombe. Oui mais l'héroïne est citadine, sexuellement active et carriériste donc indépendante. Certes. Ici, la femme semble s'être libérée pour mieux s'enchaîner. Pourtant les parutions estampillées chick lit, traduisez littérature de poulette, se vendent comme des petits pains dans le monde entier et à chaque seconde. (Sans sujet) Ai envie de me pendre. Mesdames et mesdemoiselles, nous n'avons jamais été aussi loin de sortir de l'auberge !
La chick lit, non ; la chienlit, oui.