mercredi 8 juillet 2015

kinéma

LA LOI DU MARCHÉ [2015]

De : Stéphane Brizé [France]

Durée : 1h33.

Oh mon Dieu ! Un film avec Vincent Lindon ! OMD ! Je vais voir un film avec Vincent Lindon ! OMD ! C'était pas mal du tout ! Oui ! Il a mérité son prix d'interprétation masculine ! 
Ce n'est pas tant le fait qu'il est bon dans La loi du marché que son physique, mûr à point, affiné à la perfection, tendrement mijoté, pour interpréter un Thierry émouvant, plus vrai que nature. Et c'est là tout son talent. N'avoir vécu cinquante-cinq ans que pour interpréter ce rôle qui lui va comme un gant. Ce n'est pas lui qui joue, c'est chaque pore de sa peau. Comme autant d'inscrits à Pôle Emploi, qui s'exprimeraient à travers lui : joue Vincent, jouuuue ! Et voilà l'aboutissement de toute une vie : une insoutenable heure et demie, à se demander comment on en est arrivé là. A subir, à supporter, à tolérer et à accepter l'insupportable, l'intolérable et l'inacceptable loi du marché. Celle qui transforme les hommes en variables.
...AND JUSTICE FOR ALL

jeudi 2 juillet 2015

literatura

COMMENT PEUT-ON (ENCORE) ÊTRE UNE FEMME ? [2011]

De : Caitlin Moran [Angleterre]

Mon édition : Flammarion, 2014.

Oui, je sais, je sais : t'as failli ne pas lire cet article. Moi aussi j'ai tout de suite pensé à un énième bouquin de chick lit, où une nana occupant un poste à responsabilité se plaint des hommes auprès de ses copines, avant de s'enfiler une demi-douzaine de mojitos et de finir au lit avec le barman, qui s'avère être en fait le PDG de sa multinationale. Mais je n'y étais pas du tout. C'est l'auteur du bouquin en couv. Et ce livre est en quelque sorte sa biographie.

Elle utilise sa propre expérience pour défendre la condition féminine. Au début j'ai cru qu'il s'agissait d'une nana qui allait encore nous prodiguer maints conseils pour arriver à sa cheville, mais mes craintes se sont dissipées au fur et à mesure que je comprenais où elle voulait en venir. Elle aimerait que les femmes comprennent qu'elles sont toutes des féministes enragées. Qu'il n'y a pas d'autre façon de vivre quand on est une femme. On ne doit pas jouer le jeu de ceux qui les oppriment, à commencer par certaines d'entre nous. A partir de là, comprenez qu'il n'y a pas d'autre choix possible que celui qui consiste à se foutre de l'opinion des autres, au risque de passer à côté de notre vie. Autre chose : il faut vraiment qu'on arrête de juger les femmes qui ne veulent pas avoir d'enfants. Car en avoir, elle sait de quoi elle parle, c'est loin d'être de la tarte. Les femmes doivent être soutenues dans les deux cas. J'ai capitulé devant la justesse de ses propos et j'ai arrêté de dire à mes amies de faire des bébés, même si je suis très heureuse d'en avoir eu un. 
 
J'ai également trouvé que Comment peut-on (encore) être une femme ? n'était pas facile à lire : un lecteur français passant à côté, ou se fichant totalement, des nombreuses références à la culture britannique. Mais qu'il était tout de même très marrant, du fait de la personnalité de Caitlin et de ses 1001 anecdotes sur le star system et sa passion évidente pour son boulot de chroniqueuse musicale et journalistique. Essayer c'est l'adopter.
[...] tout le monde pense que les personnes souffrant de troubles alimentaires [...] ne sont que des rebuts. [...] De toutes les compulsions irrésistibles capables de vous détruire, toutes ont le potentiel variable d'exercer une certaine fascination perverse et malsaine - à l'exception de celle liée à la nourriture. Prenez, par exemple, David Bowie. Voilà un homme qui consommait tellement de cocaïne qu'il s'était mis à conserver son urine en bouteille dans le réfrigérateur, craignant que des sorciers "puissent la voler". Et pourtant [...] qui nierait que le fait que Bowie décrive maintenant son esprit comme "gruyérisé" par l'abus de cocaïne a quelque chose d'adorablement rock'n'roll ? Enfin, c'est David Bowie ! Ou imaginez Keith Richards, époque Glimmer Twins [...] Tout le monde l'adore ! [...] Mais imaginez si, au lieu de prendre de l'héroïne, Keith s'était mis à se goinfrer et à doubler de volume. S'il s'était pris de passion pour les spaghetti bolognaise, par exemple, ou s'il montait sur scène avec un Subway aux boulettes de viande de 30 centimètres de long à la main, et s'arrêtait entre chaque morceau pour mordre dedans. S'il errait jusqu'à Alphabet Street, pris de tics, en manque depuis quatre heures, cherchant désespérément du Babybel. [...] Arrivé à Their Satanic Majesties Request, tout ce qu'aurait exigé sa Majesté satanique serait une ceinture de 96 centimètres, et tout le monde se serait moqué des Stones et de leur chamallow géant de guitariste qui détruisait le concept même de rock'n'roll. [...] si les gens mangent à l'excès, c'est exactement pour les mêmes raisons qui les font boire, fumer, baiser à la chaîne ou prendre de la drogue. Pages 143-144.

lundi 1 juin 2015

literatura

NOCES DE SEL [2012]

De : Maxence Fermine [France]

Mon édition : Albin Michel, première édition.

Roman de 119 pages.

Aigues-Mortes mérite bien plus qu'un roman de quelques feuilles ! Réduit à un conte où le prince est un champion de la course camarguaise, et la princesse la fille du boulanger. Ne me dites pas que Fermine espérait devenir le Pagnol languedocien ou la Nothomb roussillonnaise avec ce livre, où la messe est dite dès la seconde page? Sans savoir qu'il vivait à cet instant sa dernière aube sur terre. Plof ! Comme un soufflé. Ou bien est-ce un effet de mode : format série à la télé, bouquin d'un soir au chevet ? Comment ne pas rester sur sa faim avec un format aussi court ? Qui ne déploie jamais ses ailes. Tout se passe comme si Noces de sel avait été écrit le temps d'un weekend dans le Sud, après une brève visite à l'Office du Tourisme et un café dans un bar à touristes. Alea jacta est. L'histoire d'Isoline et de Valentin ne deviendra jamais légende. Condamnée, avant de vivre, à errer dans les rayons de Gibert Joseph et les annonces de Price Minister...
Qué gâchis !

dimanche 19 avril 2015

fooding

AUX GRANDS ENFANTS

Adresse : 769 avenue Raymond Dugrand à Montpellier.

Réservation : 04.67.81.72.62.

Site : http://aux-grands-enfants.fr/

Nouveau restaurant.

Le restaurant du Nuage - le bâtiment "gonflé" imaginé par Philippe Starck et dédié au bien-être -concept que seuls les plus aisés d'entre nous pourront comprendre- qui a ouvert l'année dernière. Situé au rez-de-chaussée, en face du Mia de Pascal Sanchez, il est ouvert 7 jours sur 7, de 8 heures à 1 heure du matin, ce qui lui permet de recevoir une clientèle assez large : familles huppées le weekend, cadres quadra en semaine, célibataires heureux de l'être le soir, pseudo-sportifs nantis et vieilles peaux friquées en journée... J'y étais un samedi à midi, le restaurant était encore désert, royal ! L'endroit m'a beaucoup plu : grand, lumineux, moderne - un peu trop à mon goût, le plastique n'étant pas toujours fantastique. La serveuse avait l'accent italien et était prévenante. Les plats m'ont alléchée, les assiettes fait saliver, les bouchées ravie... L'addition fût, avec justesse, poivrée : entre 20 et 25€ pour un plat et un verre de vin. C'est bien simple, vous en parler m'a donné envie d'y retourner.

 Souris d'agneau cuite 5 heures, polenta croustillante, épices et légumes d'un tajine.

Pavé de rumsteak 200g Simmenthal, oignons en tempura, légumes confits, jus au persil.

vendredi 6 mars 2015

literatura

BERNADETTE A DISPARU
[2012]

De : Maria Semple [États-Unis]

Mon édition : 10-18 n°4787, 2014.

Roman de 427 pages.

Il y a de quoi se gratter la tête. Vous trouvez sans doute qu'il est facile de répondre à la question : ce bouquin vaut-il la peine d'être lu, oui ou non ? Et bien... je n'en sais rien. L'histoire est assez originale, du genre qu'on ne peut qu'adapter maladroitement sur grand écran : une maman au foyer qui critique ses consœurs, ostracisée parce qu'elle ne fait pas comme elles, de ce fait adulée par sa fille unique, flattée d'être et de se sentir à part. Mais ça part loin justement... trop/très loin... jusqu'en Antarctique ! (Je ne plaisante pas.) Quant à la forme : épistolaire, avec un peu de récit pour lier les différents documents écrits comme autant d'indices nous permettant de découvrir ce qui a bien pu arriver à Bernadette - la maman. Pas mal, mais ça s'essouffle à la fin, cette fin du roman qui s'annonçait pétaradante mais qui ne cesse de tourner en rond (littéralement, je veux dire, sur un des sommets du globe terrestre) et se perd (tiens donc !). Reste le style : l'auteure pioche parmi tout un tas de références siglées ultramodernes, donc déjà dépassées trois ans après la publication du roman. Tout cela m'a donné envie de faire simple : lisez-le, revendez le bouquin. Cordialement, Liria.
Quand j'ai gravé le CD, je n'ai pas réfléchi en cliquant sur OK quand iTunes m'a demandé si je voulais qu'il y ait deux secondes d'interruption par défaut entre les morceaux. [...] Si vous ne comprenez pas à quel point c'est tragiquement agaçant, essayez un peu de chanter Here Comes the Sun King. Vers la fin, la voix s'endort tout doucement en espagnol, on se prépare à groover pour Mean Mr Mustard, car ce qui rend la fin de Here Comes the Sun King si totalement géniale, c'est que le son disparaît peu à peu, mais qu'en même temps, on anticipe déjà la batterie de Ringo qui démarre Mean Mr Mustard, et c'est là que ça devient funky. Mais si vous n'avez pas décoché l'interruption de deux secondes par défaut sur iTunes, vous arrivez au bout de Here Comes the Sun King, et alors... DEUX ATROCES SECONDES DE SILENCE DIGITAL. Et pendant Polythene Pam, juste après look out, - BLANC - avant She Came in Through the Bathroom Window. Franchement, c'est une vraie torture. Et chaque fois, avec maman, on hurlait. Enfin, le CD s'est terminé. Pages 116-117.

lundi 2 février 2015

fooding

LES CASSEROLES EN FOLIE


Adresse : 4 rue Saint-Côme à Montpellier.

Réservation : 04.67.60.57.06.

Pas de site.

Crêperie.

Moi (à deux amis) : Et si on allait aux Casseroles en Folie ?
Eux : Un restaurant ?
Moi : Non, une crêperie !
Eux : Mais pourquoi "les casseroles", alors ?
Moi : Je sais pas moi, vous trouvez que "Les Poêles en Folie" conviendrait mieux ?
Eux : Ah ah ah, non.

Ce sont  donc les biens-nommées Casseroles en Folie que vous recommande en ce jour de la Chandeleur. C'est peut-être encore là-bas que l'on vous servira la meilleure crêpe salée ou sucrée de Montpellier. Qu'est-ce qu'une bonne crêperie ? Une crêperie qui sent le beurre quand on passe devant (c'est le cas). Qu'est-ce qu'une bonne crêpe ? Une crêpe ni trop fine, ni trop épaisse, dentelée à souhait (c'est bien le cas ici aussi). Comptez large pour avoir l'embarras du choix : 15 euros par breton.
Bon boui-boui à bolées.

samedi 3 janvier 2015

bédé

NO COMMENT [2008]

De : Ivan Brun [France]

Mon édition : Glénat, 2008
[prix : 13,90€].

Bande-dessinée de 87 pages.

Il y a un an jour pour jour je vous présentais une BD d'Ivan Brun. Est-ce que ça vous avait plu ? Si c'est le cas, je vous conseille également celle-ci. Vous y retrouverez Burned hearts - seul doublon. Comme son titre l'indique, l'auteur confirme son goût pour la bande totalement dessinée, où le texte des bulles est entièrement remplacé par un ou plusieurs dessins. Là encore, ça fonctionne à merveille et bien qu'il soit passé à la couleur, la tonalité principale reste la noirceur de l'être humain. A lire le cul assis entre deux chaises : en se félicitant de comprendre ce qu'il veut nous dire et en regrettant d'avoir compris. Impossible de sourire, même quand c'est tordant : le propos est bien trop grave. Comme si Ivan n'avait pas de mots pour décrire notre course effrénée vers la fin des temps. Rapide car déjà sans limite, mais extrêmement lente pour tous ceux, la majorité, qui sont déjà à l'agonie.

Sang commenté.

mardi 30 décembre 2014

literatura

ANAWIN [2007]


De : Inês Cavalcanti [Brésil]


Mon édition : Ibis Libris,
Rio de Janeiro, 2007.


Poèmes en portugais et en français. 113 pages.


On oublie de lire de la poésie. A ce que nos yeux ne s'emballent pas, à ce que notre pensée s'ouvre vers le haut plutôt que tout droit. Aussi la lecture de ce petit recueil a-t-elle été plus longue que prévue... Je ne vous cacherai pas que tous les poèmes ne m'ont pas intéressée : la plupart m'ont paru tristes, aussi triste qu'une femme délaissée s'occupant de sa vieille mère. Je me demande si je ne suis pas passée à côté, mais est-ce bien grave ?

Coroar-te, meu rei e meu amigo,
com a bênção dos rios e da mata.
Receber-te nos braços qual mendigo
que anda nas minas do meu corpo à cata
de um prazer mais raro do que a prata,
do que o ouro que o ignaro vulgo adora.
Mansa e despudorada como a gata
que acaricias, pela vida afora
ser a tua rainha e servidora,
e após as guerras que travas, terríveis,
ser a mulher enfim consoladora
no limiar dos mundos invisíveis.

[...]
Page 97.

Ma traduction :

Te couronner, mon roi et mon ami,
avec la bénédiction des rivières et de la forêt.
Te recevoir dans les bras comme le mendiant
qui est dans les mines de mon corps à la recherche
d'un plaisir plus rare que l'argent,
que l'or que l'ignare vulgaire adore.
Apprivoisée et sans pudeur comme la chatte
que tu caresses, toute au long de la vie
être ta reine et domestique,
et après les guerres que tu mènes, terribles,
être la femme enfin consolatrice
à l'orée des mondes invisibles.

vendredi 14 novembre 2014

literatura

L'HOMME QUI VOULAIT ÊTRE HEUREUX [2008]

De : Laurent Gounelle [France]

Mon édition : Pocket n°13841, 2012.

Roman de 168 pages.

Méfiez-vous des personnes qui vous ont dit qu'elles ont pensé à vous en lisant ce livre. C'est-à-dire des personnes bienveillantes qui pensent à vous, et surtout pas à elles, quand elles lisent un roman de développement personnel qui s'intitule L'homme qui voulait être heureux. Sa lecture m'a été conseillée par deux personnes : une collègue de travail (vous savez ce que vaut l'avis d'une collègue de travail bien-intentionnée) et ma maîtresse de sophrologie (j'ai arrêté la sophro il y a plus d'un an, pas à cause de ce roman mais juste à cause de la sophro). Je ne peux dire que j'ai apprécié ce genre d'ouvrage que s'il a provoqué un changement dans ma façon de penser. Est-ce le cas ? Disons qu'il peut faire réfléchir celui qui n'a jamais réfléchi (à sa vie, à lui-même) ce qui n'est, hélas, pas mon cas. Celui de très peu de gens en fait.

Qu'ai-je donc retenu de ma lecture ? Je me souviens des personnages bien sûr : du maître Samtyang et du couple de touristes Claudia et Hans. Des quelques données issues de la recherche médicale ou plutôt non-médicale : 33% des malades atteint du cancer ont perdu leurs cheveux après avoir mangé un morceau de sucre qu'on leur avait présenté comme de la chimio, à la page 75 ; les croyants-pratiquants vivent 29% plus longtemps que les autres à la page 87. Et le sentiment de supériorité qui accompagne Julian à son retour de Bali, comme s'il pouvait à présent décoder tous ceux qui l'entourent et enfin réussir à déjouer les pièges des relations sociales : Je m'étais mis à écouter les gens pour m'amuser à deviner leurs croyances, mais plus je les découvrais, plus j'étais triste de constater que les êtres humains ne sont pas libres. Cette absence de liberté n'avait pas pour origine un terrible dictateur, mais seulement ce que chacun croyait sur lui, les autres et le monde. Page 154.

Lisez-le pour passer le temps. Pour être heureux, si vous estimez ne pas l'être, consultez un psychothérapeute avec qui vous entendrez. C'est encore le meilleur moyen. Peut-être le seul.

vendredi 31 octobre 2014

literatura

LES ÉTRANGERS [1930]

De : Sándor Márai [Hongrie]

Mon édition : Albin Michel, 2012 [prix : 22€].

Roman de 446 pages.

La couverture ne vous fait-elle pas vaguement penser à une histoire d'amour qui se passerait pendant la seconde guerre mondiale ? Je ne connaissais même pas cet auteur. Le titre ne me donnait pas envie non plus. C'est bien simple, si la mère de mon compagnon ne me l'avait pas offert, je ne l'aurais jamais lu. Je serais alors passée à côté d'un bon roman. Dont le sujet n'est pas une idylle naissante tentant d'échapper à la Gestapo mais l'aventure d'un jeune hongrois, débarquant dans la capitale française en 1925, telle une mouche fascinée par la lumière. Autant vous dire que l'écrivassier magyar a vite déchanté. Et que son histoire ressemble à s'y méprendre à celle d'un sans-papier noir essayant de survivre à Paris : les règles sont toujours les mêmes. Premièrement, pour vivre dans la capitale française il faut de l'argent donc il faut travailler. Deuxièmement, les parisiens adorent les étrangers mais ils ne leur feront jamais totalement oublier qu'ils ne sont pas français. Troisièmement, à Paris on peut être soi-même, se perdre ou se trouver, tant que l'on respecte les deux premiers points cités. Mais la France ce n'est pas uniquement Paris, me direz-vous. C'est aussi ce que pense la bretonne qui s'éprend de lui et l'emporte dans son Finistère natal. Comment cela va-t-il se terminer ? Hélas, comme cela se finit trop souvent entre une autochtone et un étranger... 
Je ne connais plus Paris que sous terre. On se lève le matin, on se déplace dans des souterrains, on lit les noms historiques, Louvre, Tuileries, Concorde, Opéra, on surgit quelque part à l'air libre, on mange près de chez soi, on passe une ou deux heures à une terrasse de bistro et puis on rentre et on se couche. Je vis à Paris mais il est rare que je m'en rende compte. Page 249.

mercredi 17 septembre 2014

kids

101 BONNES RAISONS DE SE RÉJOUIR D’ÊTRE UNE FILLE 
[2011]

Texte : Beatrice Masini [Italie]
Dessin : Guillaume Long [Suisse]

Mon édition : La joie de lire, Genève, 2011.
[prix : 10€]

Livre pour enfants de 58 pages.

Dans une société qui tournerait rond, une fille devrait autant se réjouir d'être une fille qu'un garçon se réjouit d'être un garçon. Hélas...

Hélas, les Femmes et les Hommes naissent et demeurent égaux et libres en droits, comme les Noirs et les Blancs ou les Très Riches et les Très Pauvres naissent et demeurent égaux et libres en droits, vous m'avez comprise.

Hélas, lorsque tu es enceinte, il y a toujours quelques personnes qui te diront j'espère pour toi que c'est un garçon (clin d’œil). Amusez-vous à leur demander Pensez-vous qu'il naisse actuellement en France plus de filles ou plus de garçons ? Plus de filles bien sûr ! Tout se passe comme si les filles (donc la féminité) étaient une menace pour la gent masculine, une sorte de péril rose. Or, en France, les filles (femmes âgées de moins de 20 ans) sont actuellement moins nombreuses que les garçons (377 000 personnes de moins). Et l'an dernier il est né plus 5% de garçons, cela fait même 15 ans que ça dure !

Hélas, les raisons de réjouir sont certes nombreuses, mais seulement parce qu'un garçon est immédiatement taxé d'homosexuel s'il s'amuse à avoir un comportement de fille. Elle, est naturellement considérée comme un être faible et surtout inférieur.

Hélas, il vous faudra peut-être consoler votre fille d'être une fille (pas facile d'accepter les épilations ou les menstruations). Ce genre de livre aidera à coup sûr. Non seulement il cite les arguments évidents (une fille peut porter des jupes, être enceinte, etc.) mais il insiste sur le fait qu'être une fille c'est surtout avoir le choix : elle peut porter des robes ou pas (pas un garçon), porter la vie ou pas (pas un garçon), etc.

Hélas, la bande-dessinée 101 bonnes raisons de se réjouir d'être un garçon n'est toujours pas sortie. Comme si celle-ci n'avait pas lieu d'être...
Mais, ouf, il existe bel et bien une très bonne raison de se réjouir d'être une fille : la 101ème bien sûr !

mardi 9 septembre 2014

literatura

L'INVERSION DE HIERONYMUS BOSCH [2005]

De : Camille De Toledo [France]

Mon édition : Phase Deux, 2005 
[prix : 16,50€]

Roman de 272 pages.

J'ai tellement apprécié la première partie de ce livre que j'en ai parlé autour de moi : J. m'a dit que ça lui faisait penser à du Palahniuk, ce en quoi il n'avait pas tort, mais qu'il ne pourrait plus s'enthousiasmer pour ce genre de bouquin. M. m'a dit que c'était de la merde, mon truc. Je n'ai pas très bien compris pourquoi, mais je vous le dis quand même. Vous savez, il y a autant d'avis sur un livre que d'êtres humains sur Terre. Passons.

Hieronymus Bosch c'est le pseudo de Jérôme Bosch, le peintre hollandais qui a peint ceci :


L'inversion de Hieronymus Bosch c'est l'histoire d'une utopie : où l'homme serait enfin soustrait de ses désirs. Où les adultes reviendraient des enfants, à son état naturel. Il n'en fallait pas plus pour que l'investigateur de cette inversion soit accusé de terrorisme. Comme toute utopie, la belle affaire tourne au vinaigre et se transforme en révolte ! En révolution ? Seul l'avenir nous le dira. Vous aimeriez savoir ce qui peut bien avoir enfin embrasé l'Occident ? Simplement des bonbons, des bonbons qui vous donnent plus de plaisir que le sexe. De quoi nous transformer purement et simplement en animaux. Qui a dit que l'enfant est l'état premier de l'Homme ? Et que le Paradis était plus enviable que l'Enfer ?
[...] il y a une mort au bout de ce ponton, une mort définitive qui est une extinction. Regardez-les comme ils se goinfrent. Ils sont repus, comblés. Ils sont heureux. La première chose qu'ils font : ils boivent, rotent, parlent fort, ils se bousculent. Foutre et manger, voilà l'homme [...] ! Autour on échafaude. On construit des colonnes, des dômes pour s'arracher à ce porcinet qui sommeille juste derrière la peau. Mais le désir, ça ne s'éduque pas, ça ne grandit pas, ça ne s'élève pas. Ce n'est pas même sophistiqué, le désir ! C'est une mécanique qui se satisfait des clichés dont on nous bourre le crâne. [...] Ils nous célèbrent parce que nous les sauvons de leur ennui, mais n'oubliez jamais, au fond, nous sommes des assassins. Page 35.